09 février 2009
Des chaleureuses relations de voisinage en Suède. Titre hautement ironique.
Dans les premiers échanges de mails que j’ai eu avec ceux qui allaient devenir ma famille d’adoption, mon havre de paix et d’amour, que dis-je, la seule source d’affection dans le pays hostile qui devait m’accueillir pour une année Erasmus, j’ai nommé les abrutis qui m’ont fichue au sous-sol, ils m’ont dit qu’ils vivaient dans une banlieue résidentielle assez chic.
Chouette, ai-je pensé, ça va être comme à Wisteria Lane !
(là je précise, pour des lecteurs comme mon Pôpa, que Wisteria Lane c’est la rue où vivent les héroïnes de Desperates Housewives [qui est une série américaine, Papa], banlieue américaine caricaturale, avec tous les voisins qui se connaissent et se mêlent des affaires les uns des autres, rigolo quoi).
Bon, les maisons étaient un peu éloignées à mon goût, et un peu perdues dans la forêt aussi, mais j’avais vraiment hâte de rencontrer mes premiers nouveaux voisins, devenir pote avec eux, avoir mes entrées chez tout le monde, bah, m’intégrer quoi.
J’avais même préparé des phrases en anglais pour pouvoir me présenter sans trop bafouiller.
Motivée à fond.
Mais août dans les banlieues résidentielles chic suédoises, c’est un peu mort.
Au bout de cinq jours, je croise enfin un autochtone.
Entre 40 et 50 ans, une tête de père de famille, la démarche assurée, l’œil fixé sur un point droit devant lui. Bon sang les gens, mon premier autochtone qui n’est pas un membre de ma famille d’accueil !
Je marche dans sa direction en attendant avec impatience le moment où nos yeux se croiseront, où un sourire de bienvenue se dessinera sur son visage bienveillant, où il s’arrêtera pour me demander ce qui je fais dans cet endroit reculé, où il est bien heureux de voir une figure nouvelle.
Et je révise très vite mes phrases de présentation en anglais dans ma tête chavirée par l’émotion.
Son regard reste fixé sur un point droit devant lui.
Qu’à cela ne tienne, qui n’a jamais rêvassé en marchant ? Je lance un Hej ! jovial mais poli et respectueux, accompagné, bien entendu, de l’air le plus angélique qui se puisse trouver.
Je te laisse un instant, cher Lecteur, pour te représenter l’air le plus angélique qui se puisse trouver.
Son regard se défixe lentement du point. Il tourne les yeux vers moi. Son sourcil gauche se hausse de 4,6mm.
C’est, comme je l’apprendrai plus tard, le signe de la surprise la plus totale chez un Suédois. A 4,7mm, la surprise est telle qu’elle provoque en général un infarctus du myocarde.
Il hoche la tête.
Point positif : j’existe.
Point négatif : Wisteria Lane, c’est pas ici.
Point information : le hochement de tête, c’est le signe le plus chaleureux que j’ai jamais pu obtenir de tous les gens que j’ai croisés dans ce coin.
Point angoisse : je me suis rendue compte à cet instant que je pourrais tout aussi bien crever dans ma nouvelle maison après avoir été enchainée et battue pendant des semaines, c’est pas les voisins qui auraient remarqué ma disparition.
02 février 2009
Du plaisir de babysitter un ptit Suédois
Toujours dans la série « Comment c’était en août à Stockholm », il est temps que je te raconte, Lecteur passionné, la première fois où je suis allée chercher le petit gamin à son école.
Posons le tableau : tu pourras imaginer mon état de stress quand je t’aurai dis que je n’avais jamais fait de babysitting. En effet, ayant l’instinct maternel d’un oursin, j’ai toujours poliment décliné les propositions d’emploi formulées par les mères, mes voisines, très logiquement charmées par mon naturel charmant et voulant en faire profiter leur chère progéniture.
Parce que je ne voulais pas faire souffrir inutilement des petits êtres dont le seul tort est d’être en dessous de la limite d’âge à partir de laquelle ils auraient gagné le droit d’être considérés comme des humains à mes yeux.
Mais m’étant retrouvée jeune fille au pair bien contre mon gré, je me suis vue dans l’obligation d’aller chercher Gamin n°2 à l’école, Gamin n°1 étant heureusement capable d’aller se chercher tout seul.
Déjà j’ai trouvé l’école.
C’était pas gagné, parce que vu comment c’était tout paumé dans la forêt, ce bled, je pensais que les loups me trouveraient avant.
Restait à trouver le gamin.
Les parents m’avaient montré une carte pour l’école, mais pas pour le gamin.
L’école était composée de quatre bâtiments, tous grouillant de gamins dont un seul m’appartenait.
J’ai tenté le premier bâtiment, mais ils étaient vraiment trop petits, dedans. Très très loin de la Limite d’Humanité.
Dans la cour, un adulte. Qui me dit que les gamins de 6 ans sont dans le deuxième bâtiment.
Deuxième bâtiment, donc.
Taille des deux occupants croisés dans le couloir : comparable à mon échantillon (de mémoire du moins). Signe positif.
Classe n°1 : vide.
Classe n°2 : vide.
Classe n°3 : vide.
Merde merde merde, ils sont où les gamins ? pensais-je tandis qu’une boule d’angoisse commençait à jouer avec mon sandwich du midi et que je vérifiais l’heure à mon poignet tremblant.
Classe n°4 : une adulte. Sur laquelle je saute pour lui demander où je pourrais trouver Marcus, s’il vous plait madame. Elle me demande son nom de famille (j’ai appris plus tard qu’environ un Suédois sur cinq s’appelle Marcus).
Gros blanc.
Merde.
C’est quoi son nom ?
Comme c’est l’enfant des Thénardier, il doit s’appeler comme ça peut être. (oui, à l’époque j’aimais déjà beaucoup moins mes proprios tortionnaires)
En fait il porte le même nom que neuf Suédois sur dix, c'est-à-dire Jonsson, ou Johnsson, ou un truc du genre mais de toute façon on s’en fiche.
J’ai retrouvé le nom et je l’ai dit à la dame, qui m’a conduite à la bonne classe.
Sur le chemin, un truc me travaille. Avec mon talent de physionomiste de poisson rouge et sachant que le gamin en question, j’ai du le croiser quatre fois en deux semaines, est ce que je vais le reconnaitre ?
Une pensée, tout de même, est venue me rassurer.
Un petit blond comme ça, ça peut pas se louper.
Là-dessus on arrive à la salle, la dame ouvre la porte et me fait entrer, et là, c’est le drame.
Vingt petits blonds dont pas un ne lève les yeux pour m’aider un minimum à (ne pas) le reconnaitre.
L’Attaque des Clônes en version peroxydé.
Je te rassure, Lecteur qui partage mon désarroi, en gagnant un peu de temps avec des remarques polies et des questions d’une pertinence indiscutable à la maîtresse, j’ai réussi à retrouver Gamin n°2.
En l’occurrence, c’est celui qui est venu me voir en demandant si on allait rentrer à la maison.

