26 janvier 2009
En Suède chez les Thénardier (attention Lecteur, ce post peut te mettre le moral à zéro pour la semaine!)
Aujourd’hui, Lecteur, j’ai décidé de te faire pleurer. Pas en te racontant une nouvelle fois que mes menus se composent maintenant exclusivement de pâtes et de poulet, ce qui cause l’abandon de ses pages.
Non.
Aujourd’hui, profitant de ta faiblesse morale causée par l’hiver, la nuit et le temps pourri, j’ai décidé de t’arracher des larmes en débutant un cycle « Comment c’était en août à Stockholm ». Tu te souviens ? Quand j’habitais dans une cave, dont tu peux voir les photos ici ? Chez des gens dont le sourire plein de dents cachait un cœur de pierre, peu à même de remplacer l’amour maternel auquel j’avais brusquement été arrachée ?
Bref, Lecteur, sache que l’épisode d’aujourd’hui s’appelle « le jour où je suis montée utiliser le wifi au rez-de-chaussée parce qu’il faisait trop froid en bas, et que j’ai été renvoyée dans mes quartiers ».
Sors tes Lotus.
Nous étions donc au mois d’août.
Il faisait 25° dehors, et 12 dans ma chambre.
Les quelques photos apportées de France étaient déjà tombées pour la 5ème fois en une heure à cause de l’humidité de la pièce, et j’avais froid.
Par ailleurs, comme il n’y avait pas de table dans la pièce (juste un lit et une armoire) (pleine de choses pas à moi, l’armoire, comme deux cafetières cassées, pleins d’oreillers moisis et d’autres trucs du même genre), comme je n’avais pas de table donc, je devais travailler agenouillée sur mon lit.
J’avais bien essayé « agenouillée devant mon lit en l’utilisant comme une table pour poser mon ordinateur », mais même avec un des coussins moisis sous mes genoux, c’était trop froid par terre.
Bref, on se les gelait en bas, j’avais mal au dos, et le wifi ne parvenait que bien péniblement dans les profondeurs devenues mon domaine, alors je me suis dit un truc.
Je me suis dit, Puisqu’ils ont 4 salons en haut, pourquoi ne pas aller me poser dans l’un d’eux pour profiter de la chaleur (et même pourquoi pas de la chaleur humaine, ajoutais-je intérieurement dans un élan de naïveté qui me fait maintenant sourire), histoire que mes articulations retrouvent une flexibilité minimum et que le givre de mes sourcils fonde ?
Aussitôt pensé, aussitôt fait, j’attrape mon ordinateur, je grimpe l’échelle de meunier en faisant attention à le pas faire tomber les piles de chaussures qu’ils stockent là, j’arrive au rez-de-chaussée, je m’arrête un instant pour m’habituer à la chaleur ambiante, je passe devant la maman et ses deux gamins qui étaient à la table de la cuisine, en faisant un ravissant sourire accompagné d’un mot gentil, et je me pose dans le salon n°2, parce que c’est le seul autre endroit où il y ait une table haute.
Je te laisse imaginer, Lecteur attendri, le couinement de bonheur de mes vertèbres se sentant sagement empilées sur une chaise.
Les frissons de joie de mon épiderme, sous la caresse d’une température qui ne lui évoquait pas un séjour dans un bac de congélation chez Picard.
Ma quiétude, enfin, grâce à la présence rassurante d’une famille unie par l’amour à quelques mètres de moi (c’était vers le début du mois, ça. Je ne les détestais pas encore).
Donc pof, je commence un mail à mes parents chéris qui me manquaient déjà tant.
[ENTRACTE : tu peux aller chercher un deuxième paquet de mouchoir, Lecteur ému, parce que le plus dramatique vient après]
Là, la maman arrive. Pas la mienne, celle des gamins, ma proprio, quoi.
Je lève vers elle mon sourire le plus aimable et le plus innocent, sûre que j’étais de ne déranger personne
Parce qu’ils m’avaient bien dit, à l’étage, t’y va pas, c’est les chambres. Mais le rez-de-chaussée tu peux, parce que si t’as pas accès à la cuisine il est possible que tu crèves de faim en bas, et ça ça nous ferait vraiment chier. A cause de l’odeur quand tu commenceras à pourrir.
Bon, disons que l’idée principale y est. J’avais officiellement le droit d’évoluer au niveau du sol.
Je lève donc vers elle mon sourire le plus aimable et le plus innocent.
Elle me demande ce que je fais là. Avec le sourire du monstre sous ton lit, quand il essaie d’être gentil.
Je réponds, toujours adorablement comme tu peux l’imaginer, Lecteur compréhensif, que je profite du wifi qui marche et du soleil qui me dore le dos, et toujours adorablement je demande de ses nouvelles.
Elle me dit qu’elle va bien.
Que là, elle va mettre la table pour les hôtes de ce soir, tiens, pile sur la table dont j’occupe 25x35cm, soit 875 cm².
Et que si par conséquent je pouvais partir, oh, pas tout de suite, mais dans 5 minutes, ça serait bien.
Sache, Lecteur étonné, qu’il était environ 15h30 à ce moment là. Et que j’étais en haut depuis une dizaine de minutes seulement.
Mais que, le cœur se serrant de douleur, j’ai remballé mes 875cm² et mon mètre 72 qui n’avaient visiblement rien à faire là, et je suis redescendue me recroqueviller sous ma couette dans la cave. Bien entendu, le wifi a définitivement lâché, et j’ai perdu le début du mail pour mes parents.
Mais c’est pas fini !!!
Quand je suis remontée, une heure et demie après, pour prendre un truc à manger sur mon étagère du frigo, je me suis permis de jeter un œil à la table, pour admirer ce que peut faire une maitresse de maison assez prévoyante pour dresser le couvert au milieu de l’après midi.
Crois-moi ou pas, lecteur horrifié par tant de noirceur d’âme, elle n’avait pas mis la table.
20 janvier 2009
Du métro de Stockholm...
Il y a un truc curieux dans le métro de Stockholm : les gens ne se regardent pas.
Ou si peu.
A Paris (et j’ai redécouvert ça pendant les vacances de Noël), les gens se fixent, et on n’arrête pas de croiser le regard des uns et des autres. C’est rigolo et ça occupe. On peut aussi faire des battle de regard : tu fixes ton vis-à-vis, il te fixe en retour, le premier qui baisse les yeux a perdu. Très divertissant.
On peut aussi ruser et regarder les autres voyageurs dans le reflet des vitres. Mais comme tout le monde connait le truc, c’est presque pire de rencontrer dans le reflet le regard du type avec une tête bizarre qu’on essaie d’observer tranquillement depuis tout à l’heure.
Et pour mater les jolis garçons, c’est pas vraiment discret.
A Stockholm par contre, pas de problème. Le type mignon, tu le regardes tranquillement pendant 4 stations, à l’aise. La Suédoise super vulgaire, tu la détailles lentement, aucun souci.
En fait, c’est aussi difficile de saisir le regard d’un Suédois que les subtilités de leur cuisine.
Et c’est presque décevant, ça enlève du piquant au trajet. Ils restent sagement les yeux dans le vide ou sur leur journal, ils hissent le drapeau blanc à chaque tentative de battle de regard, pas marrant quoi.
Heureusement que les vendredis et samedis soir, les Suédoises bourrées se tombent dessus dans des grands mouvements de talons aiguilles et de cheveux blonds, pour mettre un peu d’animation…
Vous voulez savoir un truc ? Le métro parisien me manque autant que le fromage.

